© Chaire Unesco « Pratiques journalistiques et médiatiques. Entre mondialisation et diversité culturelle » de Strasbourg. Réalisé par Frédéric TENDENG, COM'PRO: Créé avec Wix.com. 

La parole à vous

Daniela Roventa-Frumusani professeure

Adriana Stefanel chargée de cours

Faculté de Journalisme et de Sciences de la Communication

Université de Bucarest

La contagion populiste. L’influence du discours populiste sur la communication des partis traditionnels. Le cas de la Roumanie

Introduction

Toutes les démocraties libérales contemporaines semblent affectées par différentes ’ versions’ du populisme (présent dans les Parlements, donc ayant reçu une légitimation électorale ou en dehors du pouvoir représentatif).Fortement personnalisé (le rôle du leader charismatique), utilisant un langage agressif polarisé (nous vs. eux) et une rhétorique enflammée, le populisme est moins une direction et style politique qu’un discours basé sur une idéologie  mince-thin ideology (Mudde 2007).

Dans la tension entre populisme et démocratie (Mudde et  Kaltwasser 2012) l’Europe de l’Est est le générateur des partis populistes de droite et d’extrême droite tels Jobbik en Hongrie (Le Mouvement pour une meilleure Hongrie), Attack en Bulgarie, La Ligue pour la Famille en Pologne ou de gauche-la Grande Roumanie en Roumanie. En plus, la plupart des partis politiques traditionnels ont adopté un discours populiste de droite (l’une des premières mutations étant le New Labour de Tony Blair)

« Les crispations identitaires, les rivalités partisanes, les mobilisations revendicatives » (Ihl et al, 2003 :10).ont contribué à favoriser le populisme, voire à menacer la démocratie  .Les effets d’exclusion et de fracture sociale ne peuvent être séparés du développement des populismes. Virus populiste (dans le langage des journalistes de Libération à propos de la situation des Pays Bas en 2002), tentation populiste dans le titre d’une synthèse académique du début du millénaire, l’accent sur l’entité peuple opposée aux élites désintéressées ou corrompues infrastructure des tendances et discours hétérogènes des Amériques et des Europes .  C’est pourquoi nous préférons de parler de contagion populiste affectant le discours de bon nombre d’acteurs politiques qui misent sur l’affectivité, la personnalisation de l’action (le leader charismatique) et la sacralisation du peuple.

Le populisme transgresse les frontières spatiales et les périodes historiques ainsi que les clivages idéologiques .Du côté gauche du populisme on peut situer l’Amérique Latine (qui favorise les économies dirigées par l’Etat, emploient une rhétorique de l’inclusion fondée sur le nationalisme et une autorité charismatique (Stefanel 2016 :142);du côté droit le populisme cadre son agenda sur les migrants en Europe de l’Ouest et du Nord (Mudde 2007) et sur les minorités en Europe Centrale et de l’Est.

Concept longuement contesté, ambivalent (Kaltwasser 2012), le populisme a été associé  dans l’Europe Occidentale surtout aux partis d’extrême droite et en Amérique Latine aux  mouvements contestataires de gauche, les deux fondés sur la rhétorique antagoniste peuple/élite et sur l’exclusion (européenne) des outsiders et l’inclusion et solidarisation en Amérique Latine Jagers et  Walgrave (2007) ont proposé une typologie à même de surmonter les clivages droite/gauche par la prise en compte du cadre “identification avec le people” et expression des sentiments anti-élite; un populisme complet ajouterait la dimension d’exclusion des outsiders;le populisme d’exclusion vise le rejet des out-groupes; le populisme anti-élite ne mise que sur l’appel à l’unité du people et à l’anti élitisme alors que le populisme  vide (empty populism) se réfère a un style de communication axé sur et interpellant le peuple.

 « Les nouveaux populismes »  sont à repenser au sein des clivages et reconfigurations dans le cadre des nationalismes, de l’émergence des identités culturelles, ethniques, religieuses, de la faiblesse de l’Etat Nation et de la désintégration de la sphère publique habermassienne en faveur des sphères publiques fragmentées, résultats de la révolution digitale.

L’essence du populisme dans ce nouveau contexte est représentée moins par des contenus idéologiques fixes que par une modalité rhétorique de recréation des identités collectives par antagonisation (Gherghina et Miscoiu, 2011 ;66)

 

Le populisme.Délimitations conceptuelles

Même si l’absence de consensus académique concernant le concept de populisme semble la seule caractéristique sur laquelle on est tombé dans accord, la plupart des définitions du populisme ont en commun le dénominateur antithèse de deux groupes homogènes antagoniques: le peuple pur et l’élite corrompue (Mudde,2004;Albertazzi,D. & O’Donnell D,2008 inter alii).

 

En suivant la même dimension discursive Margaret Canovan (1981:4) identifie trois éléments discursifs qui caractérisent toute forme de populisme:

i)l’exaltation du people caractérisé comme honnête, sincère, courageux, moral et sage:

ii) l’appel à l’émancipation, à la modernisation et même à la révolte de ce même peuple par l’appui qu’il devrait fournir aux leaders populistes qui lui ressemblent et qui devraient porter leur étendard;

iii)l’anti-élitisme comme élément constitutif qui permet la critique radicale du statu quo et le positionnement définitif du leader populiste du côté des masses.

En synthétisant la littérature de spécialité, nous pouvons affirmer que pour être catalogué comme populiste un discours doit être homogénéisant (le peuple apparait comme tout unitaire, sans fissures, sans voix dissonantes ; l’élite un autre tout unitaire sans fissures et sans voix discordantes) et manichéiste, dichotomique (les intérêts des deux groupes sont parfaitement opposés, sans possibilités de consensus ni même de négociation).;la tonalité est émotionnelle affective et non pas rationnelle-objective; les solutions proposées sont simples, réductionnistes et utopiques et l’accent tombe sur les mythes et les structures de l’imaginaire et non pas sur l’argumentation et le débat.

 

Le populisme roumain- incidences postcommunistes

Beaucoup d’analyses (Gherghina S.  Miscoiu,S, 2010; Gherghina, S.  Mişcoiu S. and  Soare S 2013 inter alii) mettent en évidence le fait que les premières années post révolutionnaires sont à situer sous le signe du populisme plutôt que sous celui de la démocratie. D’ailleurs les éléments populistes se retrouvent dans les manifestes et discours politiques de la Révolution Roumaine ainsi que dans les discours des formations politiques issues de la révolution.L’appelatif Front est\ préféré à celui de Parti, peut être suite à la transformation d’un nom commun en nom propre avec des réverbérations maléfiques dans l’imaginaire politique roumain post-révolutionnaire ainsi que “à l’évocation directe de la liaison avec la généalogie officielle, révolutionnaire, symbole d’une nouvelle solidarité”(Soare,S.,2010::101).

D’ailleurs le Front de la Sauvegarde Nationale et son leader charismatique Ion Iliescu1 [1] utilisent fréquemment le discours populiste tant pour se détacher du Parti Communiste Roumain dont beaucoup de leaders proviennent, que pour se maintenir au pouvoir en dépit de la forte contestation manifestée par les partis historiques réapparus dans les premiers mois de 1990.Le  mythe de la conspiration, les graves accusations[2] à l’adresse des leaders des partis anticommunistes qui s’étaient réfugiés dans l’Occident, la généralisation de la perception négative de la minorité hongroise3 suspectée de visées irrédentistes, la labellisation des protestataires de la Place de l’Université comme golani et la correction de leur “déviance” par l’intermédiaire des citoyens caractérisés par un esprit civique élevé-les mineurs (mais armés aussi de matraques) sont quelques-unes des stratégies discursives nationalistes populistes à l’aide desquelles le FSN a réussi à fidéliser une partie de son électorat4 dominé par l’exaltation révolutionnaire et la solidarité avec un leader bicéphale (Ion Iliescu le père et Petre Roman le fils).

Du centre vers la périphérie le discours populiste se radicalise, les partenaires mineurs du FSN et/ou les partis formés dans d’autres régions du pays (la Transylvanie convoitée par les voisins hongrois comme l’affirment les leaders de ces partis) adoptent un discours nationaliste-populiste si agressif qu’ils deviennent des partenaires non frequentables par le PDSR5 inscrit dans la voie vers la démocratie. La perte des élections par Ion Iliescu en 1996 et l’entrée du quadrilatère rouge6 dans l’opposition marque une dissociation nette du PDSR du discours nationaliste-populiste d’un côté et de l’autre la radicalisation du discours de Corneliu Vadim-Tudor7 discours qui le propulsera quatre ans plus tard sur la position de challenger dans les élections présidentielles.

Lorsqu’en 2000 Vadim Tudor perd les élections présidentielles (contre lui s’étant coalisées toutes les forces démocratiques qui ont soutenu Ion Iliescu au deuxième tour) et à mesure que le parcours européen de la Roumanie devient de plus en plus évident, le discours populiste perd du terrain et se réfugie dans les zones marginales de la  sphere politique, d’où il réapparaît en force à mesure que Traian Băsescu trace son ascension jusqu’à la plus importante dignité dans la politique roumaine- la présidence . 

A un discours populiste légitimé par le vote populaire il est difficile de répondre par un discours démocratique;c’est par symetrie sémio- pragmatique que le populisme se glisse aussi bien dans les discours des alliés que dans ceux des opposants de Basescu, politiciens, journalistes, acteurs de la société civile également. A la fin de deux mandats de Traian Basescu (2004-2014) on peut afirmer que son véritable héritage est l’énorme popularité de la rhétorique populiste: les politiciens à tous les niveaux adoptent sans réserve cette rhétorique , l’électorat la  savoure comme un  spectacle grotesque où l’on transgresse les  tabous et on emploie de gros mots. Mais les acteurs de l’échiquier politique roumain ne semblent pas saisir les dangers de cette rhétorique   pour la fragile démocratie roumaine.

 

Les nouvelles technologies: entre la démocratisation de la sphère  politique et l’exacerbation du populisme

Si l’impact des medias traditionnels et surtout de la télévision a fait l’objet de très nombreuses recherches les études sur les nouvelles technologies et leur impact sur la politique ne sont qu’au début.Ce que l’on peut affirmer ab initio  c’est le fait que les gens ordinaires sont plus informés et plus actifs par l’intermédiaire des nouvelles technologies..

D’autre part même si l’enthousiasme se maintient à des cotes élevées, apparaissent  une série de critiques concernant l’impact des nouvelles technologies. La capacité de mobilisation de ces medias peut avoir un effet nuisible sur le politique. Les foules peuvent être manipulées vers la destruction de la démocratie au nom de la démocratie elle même. Dans une formulation proverbiale le mieux,  (dans notre cas la démocratie participative ) peut être l’ennemi du bien(la démocratie représentative).

Certains chercheurs affirment que les opportunités de consommation créées par internet accroissent le consumerisme et favorisent l’économie de marché, mais affectent l’esprit de tolérance du citoyen frustré par le manque de valeurs civiques qu’il partage avec d’autres, différents culturellement;si on soutient la souveraineté du consommateur et on loue le pouvoir illimité de l’internet de filtrer l’information, il est possible de penser la liberté comme la satisfaction des préférences privées. Il est evident que la liberté de choisir est fondamentale mais le choix doit être réalisé après avoir recueilli un quantité suffisante d’informations et avoir analysé un ensemble large et varié d’options. Dépourvu de censure formelle et de règles informelles de comportement le en ligne devient l’espace des expressions dures et des divisions réductionnistes-populistes EUX et NOUS .

 

Les élections présidentielles de 2014 et l’apparition du  populisme 2.0.

L’absence de l’ennemi commun Traian Basescu (le président sortant qui n’a pas pu se présenter aux élections présidentielles vu les contraintes constitutionnelles) et la tentation de la conquête totale du pouvoir divise USL (l’Union Sociale Libérale) à une année après les élections parlementaires de 2012; Crin Antonescu leader des libéraux et Victor Ponta, chef des socio-démocrates, partenaires et même amis autrefois se séparent (Crin Antonescu se retire de la vie politique de manière surprenante) et Klaus Iohannis maire de Sibiu et Victor Ponta se lancent dans la course à la présidence.

Au premier tour des élections présidentielles de 2014 les éléments discursifs populistes sont plutôt associés aux candidats marginaux (Monica Macovei ministre de la Justice, candidate indépendante se lance avec un discours axé sur dix objectifs du type « être au service d’un seul maitre- le citoyen »,et sur la négation du rôle des partis. Corneliu Vadim Tudor (chef du parti La Grande Roumanie) tente la revitalisation d’un discours nationaliste populiste et Dan Diaconescu leader du Parti du Peuple construit un discours adressé aux couches pauvres de la population, aux perdants de la transition.

Au deuxième tour les deux candidats restés dans la course (Klaus Iohannis et Victor Ponta) utilisent de façon programmatique la rhétorique populiste afin de gagner l’électorat des leaders sus-mentionnés.Ce qui distingue les deux candidats en dépit de la même recette populiste c’est l’utilisation massive des medias sociaux, Facebook en premier lieu par l’un des acteurs (Klaus Iohannis) Klaus Iohannis a reçu 6288769 voix (54,43%) et Victor Ponta  5.264.383 de voix (45,56% ).Cette différence de plus d’un million de voix a été le résultat du changement de l’option de vote sur les plateformes numériques par la mobilisation massive de l’électorat indécis.

Et pour la première fois une campagne participative réalisée à l’aide des gens ordinaires devenus agents électoraux a mené à la victoire en ligne et ensuite hors ligne. Cette mobilisation a été fondée sur trois focalisations

1. La mobilisation de la diaspora et l’influence en Roumanie de cette mobilisation

Dans une atmosphère de mécontentement généralisé dû à l’organisation défectueuse des élections à l’extérieur de la Roumanie, d’empêchement de la diaspora de participer au vote (queues interminables, peu de sections de vote etc), le candidat Iohannis discute dans 80% de ses publications ce vice des élections.

Appel aux Roumains de la diaspora TELEPHONEZ AUX PARENTS, FRERES, AMIS, VOISINS QUI SONT DANS LE PAYS POUR QU’ILS AILLE AU VOTE ET EXPRIMENT VOTRE VOTE CAR NOUS N’AVONS PAS LA PERMISSION D’EXERCER CE DROIT (commentaire sur la page de Iohannis, écrit en majuscules)

La stratégie discursive crée un clivage entre la diaspora vu comme tout uni, formé par ceux qui ont quitté le pays et ceux qui les soutiennent et pensent comme eux et l’Elite politique qui ne vise que la continuité au pouvoir dans son propre intérêt et non pas la modernisation et la « chose bien faite » soutenus par Klaus Iohannis et les citoyens ordinaires.

Sur la page Facebook de Klaus Iohannis le peuple est la diaspora et les Roumains du pays qui se solidarisent avec elle On considère que cette catégorie de la diaspora empêchée d’exercer son droit constitutionnel est un concept populiste vu qu’il n’y a pas une diaspora mais des cluster d’individus avec des caractéristiques bien différentes (les émigrés de la période communiste, les premiers émigrés des années 90, la migration des cerveaux, ainsi que les infracteurs, les mendiants, les prostituées). En partant de la réalité peu prouvée empiriquement que l diaspora vote à droite, le candidat de la droite assume le rôle de porte-parole de celui qui a parcouru 500 km pour voter, après quoi il a dû faire  une queue de cinq heures et des milliers de Roumains qui n’ont pas réussi à voter le 2 novembre (les messages cités sont extraits des débats électoraux postés en format vidéo sur la page Facebook de Iohannis).

 

2. L’unicité du moment « Maintenant ou jamais »-thème central de la communication en ligne

Dans un système démocratique les élections représentent des moments de choix entre plusieurs candidats ayant des visions et projets sur l’évolution de la société à court et à long terme.Mais sur la page du candidat libéral Klaus Iohannis les élections apparaissent comme un moment de crise identitaire du pays , d’une rupture totale présent/avenir et donc d’une décision fondamentale pour l’histoire du pays. Le choix n’est pas conçu comme option entre deux programmes politiques, également démocratiques et européens, mais entre démocratie et communisme, entre Est et Ouest. Dans un message du 7.11.2014 Klaus Iohannis affirmait :

Je ne désire pas un président comme Victor Ponta qui fait l’éloge du  ”grand” Parti Communiste Chinois. Je désiré pour la Roumanie un président qui fait l’éloge des démocraties consolidées de l’Europe Occidentale et de l’Amérique .

La situation de crise du message officiel devient dans les commentaires sur la page Facebook un moment crucial: soit la récupération des valeurs de la Révolution de 1989 confisquées par les bénéficiaires (crypto-communistes) de la Révolution installés au pouvoir soit une révolution véritable qui sera accomplie après la victoire de Klaus Iohannis qui deviendra le président de la Roumanie.

Je dirais que toute la diaspora doit s’unir et aller dans le pays pour faire la révolution! Tout comme les jeunes de 1990 ont éloigné Ceausescu, allons, nous aussi, enlever le pouvoir à cet individu (Victor Ponta)

 

L’unicité du moment est signalée par le compte à rebours (les jours qui restent jusqu’aux élections quand la Roumanie sera le pays de la „chose bien faite”.

3. Les deux Roumanies et la construction discursive d’une communauté en ligne en tant que stratégie électorale

Sous une forme latente dans les publications de Klaus Iohannis, mais de façon manifeste dans les commentaires des fans, l’image de deux Roumanies différentes et ayant des intérêts opposés se configure .D’un côté les votants de Klaus Iohannis les jeunes qui désirent un avenir pour eux et leurs enfants, de l’autre la Roumanie de Victor Ponta et de ses votants qui sont contents d’avoir la boue ou rester tranquilles(commentaire sur la page de Facebook de Klaus Iohannis).L’un des commentaires attire l’attention sur ce clivage

 

Ceux qui votent Ponta sont
-des gens peu éduqués etc...
- des Tziganes qui ont reçu de l’argent pour le voter
- des voleurs qui veulent être protégés lorsqu’ils volent
- des politiciens corrompus
-des vieux communistes qui se laissent manipuler par les medias (Antena 3 etc.)
-des cons qui croient que Ponta est un vrai Roumain

Ceux qui votent  Iohannis sont:
- des étudiants et des intellectuels
- des gens qui croient au changement
- des gens optimistes
-des gens convaincus par des faits et non pas par des paroles
-des gens qui croient dans la démocratie
- des gens qui aiment le sérieux, la chose bien faire, l’ordre et la discipline 

Entre ces deux Roumanies tous les ponts sont coupés et tout acte d’agression (symbolique et verbale, à la limite même physique) est  accepté. Les normes démocratiques s’appliquent a l’intérieur de la communauté, le dialogue est permis entre ceux qui expriment la même opinion. Le fossé nous/eux est infranchissable.

Ces images (le portrait négatif des votants de Ponta et celui positif des votants de Iohannis)

ont le rôle de déclencher la spirale du silence.(Noelle Neumann, 1974), de consolider la confiance des votants de  Klaus Iohannis dans la décision prise et de leur faire comprendre l’importance du vote qu’ils se préparent à donner.

 

 

CONCLUSION

Les transitions politiques de l’ancienne Europe de l’Est, la crise économique mondialisée doublée par celle de l’Euro zone , l’émergence d’une cyberdémocratie et d’une hypersphère publique (Pierre Levy 2011 ), l’extension des mécanismes du marché dans toutes les sphères déterminent des reconfigurations permanentes du monde social, des ambiguïtés et hybridations interpellantes.

En se présentant comme “en rupture avec le cours ordinaire de la démocratie représentative,”(Pierre Lévy 2011), les discours et les mobilisations populistes invitent à rechercher le principe de leur émergence, la représentation médiatique dans la presse en ligne et hors ligne, ainsi que le  reformatage de la relation entre le peuple et la démocratie.

A une époque où le “temps n’a plus de patience” (Marin Preda écrivain roumain), les mobilisations populistes fonctionnent comme des indices d’alerte pour des gouvernants (et gouvernés) déphasés, en tendant de court-circuiter les lourdes procédures institutionnelles (vu la difficile et non efficace action de la médiation politique “démocratique”).

En accord avec des analyses récentes qui affirment que la communication populiste consiste dans la construction explicite du in-groupe du peuple, opération politique par excellence (Ernesto Laclau) notre analyse consolide aussi  l’opinion des camps antagoniques et d’une rhétorique de l’opposition (Sanders 2017.)

Système pragmatico-discursif (Jagers & Walgrave, 2007), utilisé en égale mesure par les leaders des partis populistes et mainstream ( Gherghina & Soare, 2013), le populisme roumain a beaucoup des caractéristiques du populisme européen (centration sur le peuple, philosophie anti establishment, vision manichéenne de la société mais aussi des particularités telles l’ambivalence droite-gauche, la composante religieuse réactionnaire et l’absence de l’islamophobie (Corbu et al 2017 :336).

Les leaders populistes ainsi que les leaders des partis mainstream font massivement appel aux discours populistes –prégnants et simplificateurs, spectaculaires et interpellants (utilisation des mythes et symboles aux connotations messianiques ou nationalistes (Corbu et al 2017 :333).

Ce qui est à remarquer c’est la continuité du discours populiste dans l’absence des forts partis populistes et la contribution des medias classiques et nouveaux dans la dissémination de ce type de discours, phénomène  qui exigerait une analyse approfondie (Stefanel,2017).

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[1] Iliescu apare/Soarele rasare ILescu aparait/Le soleil se leve slogan post révolutionnaire célèbre, emblème pour le leader charismatique

[2]“Nous ne vendons pas notre pays » est plus qu’un slogan, c’est une manière de penser et de gérer les relations avec l’extérieur, avec les partenaires occidentaux qui désiraient la démocratisation du pays et le passage à l’économie de marché

3 Ce conflit a été sur le point de déclencher une guerre civile en 1990

4 Electorat qui scande “nous travaillons, nous ne pensons pas”

5 parti issu du FSN, resté fidèle à  Ion Iliescu pendant le deuxième mandat aussi et  resté au gouvernement pendant toute cette periode

6nom générique donné par la presse démocrate aux partis formant l’alliance au gouvernement pendant la   période 1992-1996, partis issus des  structures de l’ex PCR (Parti Communiste Roumain)

7 Discurs centré sur le  Peuple-nation et la  dimension orhtodoxe de la  roumanité, orienté contre l’ establisment,  incluant des  éléments discursifs antihongrois, antisemites et racistes et utlisant des fragments d’une histoire folklorisée